L’année 2025 marque un tournant majeur dans la fiscalité automobile française. Les nouvelles mesures adoptées dans le cadre de la loi de finances provoquent un effondrement du marché qui pourrait atteindre des niveaux inédits depuis cinquante ans, avec seulement 1,61 million d’immatriculations attendues selon les prévisions de Mobilians.
Le durcissement du malus écologique constitue le principal facteur de cette dégringolade. À compter du 1er mars 2025, le seuil de déclenchement s’abaisse à 113 g/km de CO2, contre 118 g/km précédemment. Cette mesure élargit considérablement le périmètre des véhicules taxés : 66% des modèles seront concernés en 2025, une proportion qui grimpera à 72% en 2026 et 77% en 2027. Les montants du malus augmentent en moyenne de 45%, avec un plafond porté à 70 000 euros en 2025, puis 80 000 euros en 2026 et 90 000 euros en 2027.
Des modèles populaires jusqu’alors épargnés se retrouvent désormais taxés. La Peugeot 208 essence 100 ch devra s’acquitter de 125 euros de malus, tandis que la Renault Clio TCe 90 voit sa taxation bondir de 50 à 170 euros, soit une hausse vertigineuse de 250%. Le Renault Captur subit également une explosion de son malus moyen, passant de 167 euros en 2024 à 330 euros en 2025.
Le malus au poids se renforce parallèlement. Tous les véhicules hybrides rechargeables sont désormais soumis à cette taxation, perdant l’exemption dont ils bénéficiaient. À partir de 2026, le seuil de déclenchement s’abaissera de 1600 kg à 1500 kg, touchant de nombreux SUV et véhicules familiaux. Le barème deviendra progressif avec des tranches successives, débutant à 10 euros par kilogramme pour atteindre 30 euros par kilo au-delà de 2000 kg.
Cette stratégie fiscale présente un paradoxe économique majeur. En tentant d’orienter les consommateurs vers l’électrique par la taxation des motorisations thermiques, l’État provoque un attentisme généralisé qui fait chuter les ventes. Le cabinet Dataneo calcule que cette baisse du marché a entraîné une perte de près de quatre milliards d’euros de recettes de TVA sur les quatre dernières années. Les recettes supplémentaires générées par les malus (694,8 millions d’euros en 2025) ne compensent pas cette hémorragie fiscale.
Xavier Horent, délégué général de Mobilians, dénonce une situation critique : « Le marché automobile est au plus bas depuis 1960, les usines sont en surcapacité, la production s’effondre de 25% par rapport à 2019. » Les professionnels du secteur appellent à une concertation urgente sur la fiscalité automobile, estimant que le durcissement continu des malus asphyxie une filière déjà exsangue.
Cette politique fiscale intervient alors que l’industrie automobile européenne traverse déjà une période de transformation difficile, marquée par la transition électrique, la concurrence chinoise et les défis technologiques. La conjonction de ces facteurs crée un contexte particulièrement défavorable pour les constructeurs et distributeurs français.









